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En traçant tout le cycle de vie d’un produit, la « blockchain », ou « technologie de chaîne de blocs » en français, permet de contrôler son origine, de s’assurer du respect de la chaîne du froid et de lutter contre la contrefaçon. Elle trouve donc de nombreux cas d’usage en matière de logistique dans les industries de l’agroalimentaire, de la pharmacie et de la chimie…

La blockchain a quitté son statut de technologie émergente. Selon la fameuse courbe d’adoption du cabinet Gartner, la « hype cycle », la blockchain a passé la période d’évangélisation et des expérimentations pour se confronter à la réalité du terrain avec les premiers retours d’expérience. Les cas d’usage vont bien au-delà du monde de la finance qui l’a vue naître. Pour mémoire, la blockchain s’est d’abord fait connaître comme la plateforme supportant les échanges du fameux Bitcoin.

La blockchain correspond à une sorte de registre décentralisé et infalsifiable validant les transactions de façon quasi immédiate et sans tiers de confiance, elle s’adresse plus généralement à toutes les activités nécessitant une confiance absolue dans l’information donnée. Si le secteur de bancassurance s’est approprié le premier la technologie, elle peut aussi rendre de précieux services aux professionnels de la logistique, de la traçabilité alimentaire, de l’industrie pharmaceutique ou chimique.

 

 

Redonner de la confiance aux consommateurs

Dans son rapport sur « Les enjeux de la blockchain », publié en juin dernier, France Stratégie estime que « la blockchain pourrait se révéler un outil révolutionnaire en matière de logistique. C’est tout le cycle de vie d’un produit qui peut être ainsi certifié. L’objectif est double : il s’agit non seulement de permettre la transparence des filières vis-à-vis des consommateurs, mais aussi de sécuriser ces filières contre les dysfonctionnements opérationnels ou contre diverses formes de commerce illicite. »

Cette traçabilité des chaînes d’approvisionnement, du fabricant au consommateur, intéresse en premier lieu l’industrie agro-alimentaire qu’il s’agisse de garantir la traçabilité en contrôlant l’origine des produits ou en s’assurant du respect de la chaîne du froid.

Prenons un exemple concret de traçabilité complète au sein de l’industrie agroalimentaire :

  • Le producteur livre du lait à une entreprise agroalimentaire : le 1er bloc est créé avec toutes les informations sur l’origine du lait et les contrôles qualité effectués.
  • Le lait est réceptionné, traité et conditionné ; toutes les informations issues de l’ERP agroalimentaire (LIEN https://www.tvhconsulting.fr/blog/agroalimentaire/erp-agroalimentaire/) sont alors stockées dans un nouveau bloc qui vient compléter le premier.
  • Les produits sont expédiés dans un conditionnement intégrant un dispositif connecté IoT (Internet of Things) qui va vérifier continuellement le respect de la chaine du froid, c’est-à-dire une température ambiante inférieure à 10°C par exemple. Toutes les conditions d’expédition sont enregistrées dans un « smart contract» exploitant toutes les informations des blocs.
  • Durant le cycle de vie du produit : dans l’entrepôt du grossiste, dans les véhicules de livraison jusqu’aux rayons du distributeur, les contrôles des exigences du « smart contract » seront sauvegardés dans de nouveaux blocs, chacun venant s’ajouter et compléter le précédent. Si une condition venait à ne pas être respectée comme le stockage dans un lieu où la température serait anormalement élevée, elle serait automatiquement enregistrée dans un bloc et le produit ne pourrait plus être mis en vente puisque toute personne pourrait vérifier l’intégrité de la chaîne en remontant jusqu’au producteur…

Ce principe s’applique de la même manière pour l’industrie pharmaceutique où la blockchain permet de tracer précisément une plaquette de médicaments depuis sa production jusqu’à sa mise sur le marché et de lutter ainsi contre la contrefaçon.

En matière de logistique, c’est donc tout le cycle de vie d’un produit qui peut être certifié par la blockchain. Le bénéfice est d’apporter facilement et rapidement une plus grande transparence de la filière vis-à-vis des consommateurs : on contrôle la chaîne du froid dans l’agroalimentaire, on lutte contre les contrefaçons dans le secteur pharmaceutique et cosmétique, etc. Avec cette confiance retrouvée, la blockchain pourrait devenir un élément clé de création de valeur.

 

Fédérer les acteurs de la chaîne logistique

La blockchain a un autre atout : faire cohabiter des acteurs d’un même écosystème. Même s’ils peuvent être concurrents et avoir des intérêts divergents, la blockchain va les associer sur une même plateforme en instillant la confiance qui leur fait défaut. IBM a ainsi réuni, autour de sa solution « Food Trust », des géants de la distribution alimentaire : Walmart, Nestlé, Unilever et, plus récemment, Carrefour. Le géant français de la grande distribution a commencé en mars par utiliser la blockchain pour permettre à ses clients de connaître l’origine de trois produits (œufs, tomates et poulet d’Auvergne). Cinq autres devraient suivre d’ici à la fin de l’année dont, précise le distributeur, « un fromage, du lait et des oranges ».

Appliquée à l’industrie alimentaire, la blockchain permet ainsi à tous les acteurs d’une filière de suivre les informations utiles sur la provenance d’un produit, ses conditions de fabrication et de stockage, la mise en palette, le transport dans un conteneur… Le client final connait ainsi les détails sur la qualité du produit et son parcours, du producteur aux rayons du supermarché. La blockchain assure l’intégrité des informations qui ne peuvent plus être modifiées une fois saisies.

Cet effort de transparence peut redresser l’image d’une l’industrie régulièrement entachée par des scandales sanitaires entre l’affaire des œufs infectés au fipronil, du lait infantile contaminé par des salmonelles ou de la viande de cheval retrouvée dans des lasagnes surgelées. Des scandales qui non seulement minent la confiance des consommateurs mais montrent aussi à chaque fois la difficulté à remonter vers les lots incriminés.

« FoodTech » française, Connecting Food utilise par exemple la blockchain pour certifier en temps réel que tel produit est vraiment « bio » et sans OGM. Fondateur du Land of African Business, Eric Bazin estime, pour sa part, dans une tribune sur le site des Echos que la blockchain pourrait être une chance pour le commerce en Afrique en assurant la traçabilité des différentes matières premières agricoles, comme le café, le cacao ou le bois, mais aussi pour des produits miniers et notamment le coltan ou les diamants.

 

Détecter les signaux faibles caractéristiques d’anomalies et automatiser les traitements

Autre startup française, Tilkal se présente comme « la première plate-forme d’identité numérique pour les produits physiques ». Inviolable et décentralisée au sein de blockchains privées, cette identité numérique permet de consigner et de « notariser » toutes les informations de cycle de vie des biens qu’elles soient déclarées par les acteurs ou par des objets connectés de type capteurs. Plutôt que de proposer un nouveau traqueur universel, il s’agit d’agréger l’information en provenance de multiples sources existantes comme un code-barres, une puce RFID, la validation d’un bon de commande ou une sortie de caisse. Des données qui jusqu’alors restaient stockées dans les systèmes d’information de chaque intervenant.

Avec cette vue à 360°, il est possible pouvoir détecter les signaux faibles caractéristiques d’anomalies, quelle que soit leur nature : dysfonctionnement, malveillance, irrégularité, non qualité… Appliquée à l’univers pharmaceutique, la blockchain permet de tracer l’origine des composants, de garantir la qualité de la molécule active et de s’assurer que le revendeur est bien habilité à distribuer le produit en question.

Dernier avantage de la blockchain et pas le moindre, elle peut valider des transactions sans intervention humaine. Ces « contrats intelligents » ou « smart contracts » que nous citions dans l’exemple de départ s’auto-exécutent selon des règles prédéfinies. La transaction se déclenchera suite à un événement qui peut être une date, un montant ou toute action dûment authentifiée. Un agriculteur qui a souscrit une contrat multirisques climatique-récolte se verra automatiquement indemnisé si un pluviomètre connecté, placé sous scellés, atteste l’état de sécheresse de ses champs.

Des atouts qui ne laissent pas les industriels indifférents. Selon un récent rapport du Capgemini Research Institute, la majorité des entreprises à travers le monde auront, d’ici 2025, recours à la blockchain pour leurs chaînes logistiques.